>>> Stephan Rossignol

A la Une du 29.06.09

BUDGET SUPPLEMENTAIRE 2009 – Un bouclier anti-crise « de rire »

Devant un Budget Supplémentaire autant dénué d’ambition, de souffle, de volonté politique, et aussi peu en phase avec les attentes et les besoins de nos concitoyens, on se demande par où commencer.

Le mieux, finalement, est de commencer par rétablir la vérité. Et une fois encore, la vérité oblige à dire que vous vous livrez à votre exercice favori, qui consiste à triturer les chiffres pour tenter de nous faire croire que vous mobilisez des moyens budgétaires considérables.

Mais ce numéro de funambulisme, auquel vous-même ne semblez plus croire, ne trompe personne.

Ce BS a été préparé dans l’urgence afin – nous  est-il précisé  - de tenir compte du contexte économique. Alors, pourquoi n’avez-vous pas intégré les propositions de la « Commission Constantin » que vous avez vous-même diligentée à grand renfort de publicité ? C’eût été une façon de décréter l’urgence. Vous ne l’avez pas fait.

Peut-être parce que ce rapport dresse un diagnostic noir de la situation du Languedoc-Roussillon  dans nombre de domaines de compétences de la Région et que vous avez craint qu’il ne soit interprété, à quelques encablures des prochaines élections, comme une forme de bilan de votre mandat ?

Peut-être aussi parce que vous vous réservez quelques pages choisies de ce rapport pour alimenter votre projet pour 2010 que vous présenterez sans doute comme l’an 01 de la politique régionale, comme si tout recommençait ?

Soyez assuré que nous serons extrêmement vigilants…

Mais revenons donc à ce budget au rabais et examinons successivement quelques enjeux qu’il ignore superbement.

 

L’action économique.

En tout et pour tout dans ce Budget supplémentaire, vous lui consacrez 100.000 € supplémentaires de Crédits de Paiement, en investissement (chapitre recherche et innovation) et vous retirez 206.000 € en fonctionnement (même chapitre). Autant dire que vous passez en pertes et profits les recommandations de la Commission dite Constantin qui, à la page 9 du rapport, précise que « l’économie de la connaissance et des savoirs – celle de la matière grise, de la recherche et de l’innovation – représente un ensemble de secteurs dynamiques dont la valorisation et la réactivité en matière de transfert restent largement insuffisantes, trop peu inductrices de plus-values ». On y lit encore : « Il y a là un secteur porteur  de compétences, riches d’atouts majeurs pour le développement régional dont il faut (activer) les capacités » !

Le seul espoir de voir la Région enfin prendre conscience de cet enjeu réside dans les 162,5 millions d’euros que Georges Frêche a promis (je dis bien « promis » et non pas « tenu ») après que l’Etat a annoncé qu’il retenait le plan Campus et qu’il y consacrait 325 millions d’euros. Mais les promesses, comme vous l’avez souvent fait remarquer, n’engagent que ceux qui les entendent !

La seule promesse dont on soit certain qu’elle sera tenue réside dans l’emploi d’une grande partie de cette somme que vous avez promise dans le financement de la ligne 4 du tramway. Vous l’avez déclaré à Paris devant « Valérie Pécresse et une assistance médusée » (Direct Montpellier du lundi 22 juin)

En 2005, vous consacriez déjà l’ensemble des nouvelles dépenses du budget régional consacré au transport au seul financement de la ligne 3 du tramway. Aujourd’hui vous annoncez vouloir récidiver, mais cette fois avec des fonds initialement promis pour la recherche et l’enseignement supérieur.

Une surprise ? non ! une coutume dont vous seul avez le secret.

Mais nous n’en sommes plus, dans le domaine de l’économie, à nous satisfaire de promesses et de bons mots où l’ironie le dispute au cynisme. Quand on se proclame champion, c’est dans le positif comme dans le négatif. De ce point de vue, la Région vient de se placer en pôle position dans le tristement célèbre palmarès de la baisse des emplois salariés (hors agriculture et secteur public) : en un trimestre – janvier 2009 - mars 2009 – le Languedoc – Roussillon a perdu 3,5% de ses emplois ! Seules trois régions font pire…

Dans ce domaine, votre BS affiche marée basse.

 

Le tourisme.

Dans son rapport, la même Commission met en exergue des réactions trop lentes face aux contraintes nées des atouts mêmes de la Région et relève notamment – je cite - « une activité touristique essentielle » qui représente 5 milliards de chiffre d’affaires (+ de 10% du PIB) « mais à l’âge de pierre dans sa structuration économique ». Or, dans votre BS, il n’y a pas un euro de plus pour l’investissement en faveur du tourisme qui reste scotché à 0,3% du budget, dont 50% sont affectés à la seule augmentation du capital d’Enjoy à la seule fin d’assurer la viabilité du projet de la grande salle.

 

Le logement social.

Il est fait état, dans les conclusions de la commission  Constantin, d’un taux de logements sociaux anormalement bas à l’échelle du Languedoc – Roussillon : 10,5% contre 17% au niveau national. Au-delà de ce constat, il est précisé que « le schéma de développement » est à repenser. Aveu d’un échec patent de votre politique dans un secteur que vous aviez présenté comme emblématique. Or, que relevons-nous à la lecture du BS ? Pas un seul euro, ni en investissement, ni en fonctionnement. Plus grave : les crédits de paiement affectés à l’investissement sont diminués de 500.000€ sur les 7,4 M inscrits au BP. Soit près de 7% de diminution. Un non sens social, économique et politique.

 

 

LA FISCALITE

Comme à l’accoutumée, vous minimisez volontairement les recettes au BP pour mieux vous gargariser, au moment du BS, de recettes nouvelles.

En matière de fiscalité directe, ce sont près de 3% de plus de recettes (soit 6M€) que vous allez prélever dans la poche des contribuables de la région.

S’agissant de fiscalité indirecte et notamment de TIPP, ce sont 2,4M€ supplémentaires que l’automobiliste va devoir débourser portant cette recette à 130M€ sur l’année et non à 100,6M€ comme indiqué dans votre document (p8).

Quant aux 35,6M€ supplémentaires que vous allez percevoir suite à l’anticipation d’une année pour le remboursement du FCTVA, décidée par l’Etat pour aider les collectivités à lutter contre la crise, vous les présentez comme une fausse recette. Mais ne s’agit-il pas de 35,6M€ qui auraient pu vous permettre d’investir dans des secteurs essentiels et dont les conclusions du rapport Constantin – encore lui - soulignaient le caractère « vital » pour la région ? La réponse est oui.

Sur les 42,6 M€ de nouvelles dépenses dans ce Budget supplémentaire, l’Etat vous en apporte, grâce à son initiative, 83,56 %.

Je conclus mon propos.

Vous nous parlez de l’urgence d’agir dans le cadre d’un soi-disant « bouclier anti- crise », pour justifier la précocité de ce BS, alors qu’il aurait été logique de tenir compte des conclusions de la commission, que vous avez mise en place en février. Cela revient à considérer, une fois encore, cette initiative comme de la poudre aux yeux. Cela est inadmissible.

On ne joue pas avec l’avenir de la Région et de ses habitants comme un enfant joue dans un bac à sable. Vous, votre pelle et votre seau, c’est la communication, c’est le mépris.

Mais attention : car le château se fissure de toutes parts…